15 janvier, 2017

Prise au piège !




Une de mes chères patientes, avec qui je m'entends fort bien par ailleurs, se trouve être plutôt de gauche. Mais attention, pas d'une gauche crispée sur des principes archéo-historiques, non une gauche ouverte et tolérante. Lorsque j'écoute sa profession de foi, je crois que je pourrais la définir comme étant une sorte de mélanchono-macroniste. Elle ne méprise pas le prolo sans toutefois ignorer les dures lois de l'économie. Elle visite plein d'expos et a plein d'amis homosexuels. C'est vous dire si en plus d'être de gauche, elle est vraiment cultivée et ouverte d'esprit. 


En revanche, elle ne m'a jamais fait part d'amis noirs ou arabes. Elle n'est évident pas raciste. Loin de moi cette idée, elle a juste une excuse géographique. Il faut dire que dans le centre de Paris, il y en a peu ou alors ils viennent juste pour la journée, pour livrer des trucs, travailler en cuisine ou faire le ménage. Ils n'ont peut-être pas le temps de faire des expos. Elle est un peu féministe, enfin juste ce qu'il faut. Elle n'est pas idiote, elle milite pour l'égalité des salaires mais sans dépasser les bornes. Elle n'avait pas envie de finir seule non plus ! Le féminisme outrancier, elle n'est pas idiote, elle sait que c'est le meilleur passeport pour finir seule, aigrie, avec un chat.

Bien entendu, elle a fait des études, travaille dans le tertiaire et dispose d'un salaire confortable. Je la soupçonne même d'avoir une femme de ménage mais je n'en ai pas la preuve. De toute manière, si tel était le cas, je suis sur qu'elle la traiterait bien, sans pour autant oublier de vérifier parfois si les petites cuillers en vieux Paris n'ont pas disparu. On ne se méfie jamais assez du petit personnel et dès qu'on a le dos tourné, il vous vole.

Cependant et je l'ai déjà dit plus haut, je m'entends fort bien avec elle. Même si elle reste assez caricaturale de l'esprit du temps à Paris, c'est quelqu'un de sympa avec qui l'on peut plaisanter. Elle est bien plus sympa qu'un militant LR, sans doute parce que tout en ayant des idées parfois arrêtées, elle n'est pas militante. Les militants sont toujours pénibles. Or voici que le lendemain des primaires de la gauche, elle se sentait bien dépourvue, autant que la cigale de la fable.

Il faut dire que l’offre n'était pas très alléchante. Choisir entre sept neuneus tous plus tocards les uns que les autres, n'a rien de bien folichon quand on a un cerveau. Parce qu'on a beau se dire de gauche, si on a un minimum d'intelligence, on se rend vite compte que par exemple Manuel Valls est carbonisé ou que Jean-Luc Bennahmias ou encore François de Rugy ne feront pas un bon président de la république. Quant aux autres, n'en parlons pas. Pinel, on ne la connait pas, Hamon est un gnome désagréable, Peillon un apparatchik incapable et Montebourg, malgré un physique plus avantageux et un humour certain, ne possède pas un programme cohérent. Sale temps pour les gauchos ! Même mon filleul Lapinou, pourtant socialiste engagé, ne votera pour aucun d'eux. Lui, il a choisi de se faire sodomiser par Macron. Ìl a choisi le courant bancaire du socialisme. Quand on est de gauche, on n'est pas à une incohérence près.

Ma patiente n'est pas aussi définitive que Lapinou. Elle ne veut aucun des sept nains présents lors du débat. Mais ce n'est pas pour autant qu'elle irait ailleurs qu'au PS. A la gauche du PS, il y a bien Mélenchon qui dit parfois des trucs intéressants et possède de vrais talents d'orateur. Mais ses dents, avez-vous ses dents ? Qui voudrait pour représenter notre beau pays d'un type aux dents gâtées. Ah non. Alors il reste la droite du PS sous les traits avantageux et juvéniles du jeune Macron. Mais lui, il est issu de la banque, de la finance. Et la finance, ce n'est pas bien. Et puis on ne parvient pas à bien le percevoir le petit Emmanuel. On ne sait pas d'où il vient, il a épousé une vieille, etc. Ce n'est pas très clair tout ça ! D’aucuns disent même que ...Et oui, Paris bruisse de murmures ! Mais cela ne nous regarde pas !

Voilà donc ma pauvre patiente toute déboussolée parce que pour la première fois de sa vie rien ne lui convient ! C'est tout de même rageant d'être une femme, d'avoir le droit de vote depuis 1945 et de ne pas savoir quoi en faire. C'est peut être pire que de faire les soldes et de constater que la jolie paire d'escarpins soldés à 70% dont elle rêvait n'est plus disponible dans sa pointure. En tout cas, c'est grave. Parce qu'il ne faut surtout pas oublier qu'il est important de voter, vu que des gens sont morts pour ça

Personnellement, il m'est souvent arrivé de ne pas voter. Et ce, même pour des élections majeures comme les présidentielles de 2012. Sarkozy / Hollande ? Je vous avoue que je me trouvais un peu comme dans l'épisode de Southpark Poire à lavement et sandwiche au caca. Voter pour l'un ou l'autre, c'était parvenir à répondre à la question, tu préfères qu'on t'ampute d'une jambe ou d'un bras ? Ça s'appelle un sacré dilemme. 

Ma chère patiente, je crois, a toujours voté, à moins d'y être empêché par une cas de force majeure comme des vacances au ski ou dans quelques contrées exotiques. Sinon, quelque soit le temps, si elle est à Paris, elle se rendra aux urnes. Mais cette fois-ci en mai prochain, pour qui voter ?

Soucieux de lui venir en aide, parce que c'est tout de même le fond de mon intervention je lui ai alors proposé une solution évidente : pourquoi ne pas voter Marine Le Pen ? Et là voilà qui se récrie ! Et vous n'y pensez pas ! Et halte au fascisme ! Le racisme ne passera pas. Moi je reste de marbre en attendant que cela se calme.

Puis calmement, je lui expose qu'au vu de ce que je connais d'elle et de ce qu'elle vient de me dire, je pense que c'est le choix le plus cohérent. Marine est une femme divorcée et son adjoint Philippot est homosexuel. Voilà pour la partie féministe et sociétale. Connait-on sincèrement aujourd’hui parti plus ouvert d'esprit ? Son programme, quand on l'analyse est clairement de gauche avec même de petites touches marxistes. Cela devrait flatter tous ceux qui ont une vraie conscience de gauche. Et on ne peut pas lui reprocher des accointances avec la finance puisqu'à ce jour, aucune banque n'a souhaité financé sa campagne. S'il y en a bien une qui doit être contre la finance en ce moment, c'est Marine. 

Ma chère patiente qui me connait bien a souri de ma provocation tout en admettant qu'au delà des valeurs qu'elle clame et prône sans cesse consistant à vanter les mérites d'une société enfin ouverte réellement aux femmes et ouverte d'esprit aux minorités, les idées comptaient aussi un peu. Ses certitudes sociétales et politiques s'effondrent d'un coup. La voici qui doute, nuance et argumente. Une femme oui mais pas n'importe laquelle !

Je suis sur qu'elle finira par voter pour un homme ! Lequel je ne sais pas. Elle me le dira sans doute après les élections. Je gage que ce sera le gagnant de la primaire de gauche parce que c'est ainsi, que c'est commode, que c'est le représentant d'un grand parti, qu'il n'y a pas à se torturer.

J'adore ce genre de phénomènes liés à la prise de décisions en état d'incertitude. On voudrait se rattacher à Descartes et à sa méthode et on n'y trouve que l'incertitude de Montaigne. Cela me rappelle l'essentiel de mon métier quand les patients me demandent si je suis sur de quelque chose et que je leurs réponds qu'en psychologie, on tente essentielle d'objectiver des éléments subjectifs. 

La plupart du temps dans la vie, on a beau prendre toutes les précaution, on n'est sur de son choix que lorsqu'ils se sont enfin révélés négatifs ou positifs.

14 janvier, 2017

Défions nous des extrêmes et autres incantations !

Simplet n'est pas extrémiste !


J'ai dans ma clientèle, deux patientes, jeunes quadragénaires célibataires, qui aimeraient se trouver un gars bien ! Pourquoi pas ? C'est bien normal que de vouloir être aimé et être aimé non ? Sauf que, sans que je sache bien pourquoi, ces deux patientes sont plutôt de gauche et progressiste du point de vue des mœurs. Cela ne me dérange pas, n'étant justement pas de gauche, je ne suis pas sectaire et accueille indifféremment les patients quelque soient leurs idées politiques. 

D'ailleurs, je ne parle de politique que si l'on m'en parle. J'ai beau être persuadé que le socialisme est une pathologie mentale très résistante qui la rend sans doute plus dure à traiter qu'une schizophrénie, je ne dis jamais rien. Je reste neutre.

S'agissant de ces patientes, qu'on se rassure, aucune des deux n'est à proprement parler militante. D'ailleurs comme toute parisienne quadragénaire qui se respecte, l'une et l'autre ont adopté très largement un mode de vie bourgeois. Les deux possèdent leur logement, l'une dans le XVème et l'autre dans le XVIème. On est donc loin de Germinal ! On reste dans le standard de l’électorat d'Anne Hidalgo. Au XIXème siècle ça aurait fait de parfaites dames de charité soucieuses des pauvres et maintenant ça se dit de gauche parce que c'est sensé être généreux. 

Ceci étant dit, les deux sont plutôt sympathiques. N'étant pas moi-même militant, je m'entends généralement bien avec tout le monde. Je les sens tellement pleines de contradictions qu'elles en deviennent plutôt touchantes. J'ai souvent envie de leur dire que plutôt que de feindre de s'intéresser à la politique qui ne les passionne pas plus que cela, de se contenter de voter pour qui elles veulent mais d'aller à l'église à côté demander si une association n'aurait pas besoin d'elles. Mais bon, l’Église c'est vieux et réactionnaire alors qu'être de gauche c'est sensé être moderne, surtout sous la mandature d'Hidalgo. Et en écrivant cela j'ai subitement conscience que mes propos sont réactionnaires et sexistes et qu'en plus je les assume. 

Toujours est-il que comme on se connait bien l'une et l'autre m'ont demandé si dans ma clientèle, triée sur le volet, il n'y aurait pas quelque coquin intéressé par elles. Et effectivement, j'ai dans ma population masculine quelques profils intéressants. Cependant, afin de savoir si cela pouvait colle,r il a fallu que je demande à des deux demoiselles, quel était le profil recherché. L'une et l'autre n'ont pas d'exigences particulières. Bien sur, elles préfèrent que l'élu soit présentable et intelligent et d'un âge en rapport avec le leur. Jean-Luc Bennahmias n'aurait peut-être pas eu ses chances. Bon, ce profil là j'ai en stock vu que j'ai une clientèle généralement remarquablement intelligente. 

Bien sur connaissant leurs idées politiques, je leur ai demandé si c'était important que l'homme qu'elles recherchent pensent comme elles. Et là, les deux m'ont fait la même réponse en me précisant que la politique n'était pas au cœur de leurs centres d'intérêt et que de droite ou de gauche, elles s'en moquaient pourvu qu'il ne soit pas EXTRÊME ! Le mot est lâché, défions-nous des EXTRÊMES ! 

Et c'est là que le bât blesse parce que si on attribue à ce mot son sens premier, j'avoue ne pas connaitre d'extrémistes. Je n'ai ni nazi ni admirateurs de Pol Pot dans ma clientèle pas plus que je ne connais de staliniens convaincus. Petit, j'en croisais parfois dans le métro, de ces vieux lecteurs de l'Humanité affublé d’une casquette. Mais je crois qu'ils sont tous morts. Quant aux nazis, il faut bien devoir se rendre aux confins de l'Ukraine pour en croiser. En tout cas, je n'ai pas d'extrémistes dans ma clientèle. Pas de ceux là en tout cas.

Je crois qu'à notre époque, par extrémiste, il faut entendre le fait d'accepter d'apporter des solutions définitives à un problème grave lorsque qu'il a été prouvé que les solutions lénifiantes à base de dialogue, de bougies et de nounours ont échoué. Dès que l'on remonte avant l'élection de François Mitterrand, le monde nous apparait peuplé d'extrémistes ! 

Dès lors il me semble que je ne peux avoir que des extrémistes dans ma clientèle parce que quand on voue tue au Bataclan, qu'on vous roule dessus en camion et que votre première réaction est de hurler pas d'amalgame en allant allumer une bougie, on n'a vraiment pas de problème dans la vie. On est tellement malléable et adaptable que même le pauvre Candide de Voltaire, lui même qui professait que tout est bien dans le meilleur des mondes possibles est battu. On n'a vraiment pas besoin d'un psy.

Alors oui, j'avoue, comme je leur ai dit que la population masculine célibataire susceptible de leur convenir était sans doute un peu trop extrémiste pour leur plaire. Les deux s'en sont étonnées, persuadées que je ne recevais que de dangereux réactionnaires. Pas du tout, leur ai-je assuré, ils sont tous charmants mais pas forcément  gentils comme elles l'espèrent. Ils sont normaux avec des limites à leur tolérance. Capables de pardonner quand c'est nécessaire mais aussi de violence. Dans la bible il me semble qu'il y a une différence entre inimicus, celui à qui l'on pardonne, à qui l'on tend sa gauche, et hostis, celui qui veut vous anéantir. 

Les deux étaient plutôt tristounes de ne pas pouvoir pêcher dans mon vivier. Mais c'est ce que je leur ai expliqué. Il suffira qu'elles évoquent leur vote pour Anne Hidalgo pour que les mecs se barrent. Désolé, je n'ai ni hipster, ni réel bobo, ni admirateur fervent de François Bayrou dans ma clientèle. 

Mais promis, si j'en chope un, gentil, bien de sa personne, avec des revenus fixes et capable d'affirmer que François Hollande a été un bon président, je leur garde. Celui là, j'en suis sur, ne sera pas un salaud d’extrémiste.

Le célibat tient parfois à peu de choses !

12 janvier, 2017

12 janvier 2017 !


María Eugenia Ignacia Agustina de Palafox-Portocarrero de Guzmán y Kirkpatrick, marquise d’Ardales, marquise de Moya, comtesse de Teba, comtesse de Montijo.
- dite Eugénie de Montijo, Impératrice de France -
Par Winterhalter.

Oui, la date n'est pas anodine puisque ce matin, à onze quarante exactement, j'ai atteint l'âge vénérable de cinquante ans. J'ai donc pris une énorme claque. L'année passée, j'ai été invité aux anniversaires d'amis qui atteignaient ce même âge, ravis qu'ils étaient de fêter leur entrée dans la seconde moitié de leur vie. Et encore quand je parle de moitié, je suis gentil, encore faudrait il pouvoir vivre jusqu'à cent ans ce qui n'est pas donné à tout le monde. Tenez, à la fin de l'année, je suis allé aux obsèques de deux personnes. Le premier est décédé à l'âge de soixante-seize ans et le second à soixante-quatre ans. 

C'est vous dire si c'est présomptueux de se dire qu'on a atteint la moitié de sa vie. Pour les moins chanceux, le plus gros est déjà fait ; il faut songer à choisir crémation, chêne ou acajou. Dans mon cas, ce qui est bien, c'est que j'ai déjà ma place dans un caveau sympa. Comme tout bon capricorne qui se respecte, je serai inhumé à l'endroit où j'ai toujours vécu. C'est déjà rassurant de savoir que quoi qu'il arrive, et quelle que soit la date, je resterai capricorne, adepte des habitudes jusqu'à la fin. 

Pour le reste, c'est vrai que j'ai eu des dizaines de témoignages d'amitié. Moi qui aime me lamenter comme tout bon saturnien qui se respecte et me dire que décidément la vie est bien courte et qu'elle passe bien vite, je ne peux pas me plaindre d'être isolé. Je ne compte plus les SMS ou appels téléphoniques de personnes qui m'ont souhaité mon anniversaire. Cela me fait plaisir même si en vérité, je n'ai plus fêté un seul de mes anniversaires depuis l'âge de vingt-neuf ans. Quand le compteur est passé à trente, j'ai vite compris que quelque chose d'important arrivait. Quand il est passé à quarante, j'ai saisi que c'était grave. Et aujourd'hui, qu'il vient de passer à cinquante, je réalise que c'est irrémédiable.

Bien sur, les réactions furent différentes. Certains témoignages m'ont vraiment touché. Par exemple celui de mon père me disant "un demi-siècle, je n'en reviens pas". C'est certain que pour quelqu'un qui m'a connu au biberon, le changement doit être spectaculaire. Et puis, il y a les amis sincères qui se disent que les années ont passé sans vraiment m'altérer. Et c'est assez vrai. Né vieux, comme je le proclame souvent, les années n'ont pas de prise sur moi. Seul ce qui est à la mode se démode. Moi, je n'ai jamais aimé la mode. J'aurais traversé cinq décennies en étant généralement moi-même, ne sacrifiant à l'époque que ce qu'il fallait pour ne pas sembler totalement incongru. Mais pour le reste, s'agissant de mes idées, je crois être resté à peu près le même. Je déteste toujours autant l'autorité, c'est à dire les juges, la police, les élus et l'état de manière générale même si j'admets que tout cela est nécessaire. 

C'est en achetant par hasard un Que-sais-je intitulé Les anarchistes de droite dans une librairie Place de la Sorbonne que j'ai enfin pu, à l'âge de dix huit ans, me classer politiquement. Depuis, je n'ai pas bougé d'un iota. J'aime l'ordre, le faste et le pouvoir et pour autant je serai toujours du côté des faibles et des opprimés. Et même si cet anniversaire m'a fichu un coup, j'avoue que savoir que je n'ai pas changé d'idées depuis trente ans et quelques années me fait plutôt plaisir. dussè-je mourir demain, j'aurais maintenu mes idées et mes principes. J'aurais pu faire de grandes choses que je n'ai pas faites, j'en avais les moyens. Je ne regrette rien. Au moins je serais resté le même et je n'aurais pas dilué mes principes moraux dans la fréquentation de parvenus.

Il eut ensuite les témoignages de mes deux amis les plus proches, Olive, celui qui est riche et roule en Ferrari, et Lionou, le fainéant qui se fait entretenir par sa femme. Ceux là, se sont foutu de ma figure parce qu'entre nous, existe une plaisanterie récurrente concernant la boite à caca. Si vous ne le saviez pas, ej vais vous l'apprendre. Il se trouve que l'administration, soucieuse de notre bien être, envoie depuis quelques années à tous les hommes venant de fêter leurs cinquante printemps, un courrier dans lequel on les avise qu'un kit de dépistage du cancer colorectal est disponible chez leur médecin. Avant, il s'agissait d'une petite boite dans laquelle vous glissiez un morceau de fèces. Maintenant il semble qu'il s'agisse d'une sorte de papier test avec lequel on doive s'essuyer l'anus. Mais dans notre imaginaire personnel et quelque peu enfantin, avoir cinquante ans, c'est recevoir sa boite à caca, à poster sous les plus brefs délais. Quand ils ont eu cinquante ans, quelques mois avant moi, je ne me suis pas privé de leur rappeler comme je l'avais fait au Gringeot quand il a fêter les siens voici quelques années. 

Alors, ils se sont vengés, me rappelant avec force ire gras que moi aussi j'allais bientôt chier dans la boite. Ce serait bien mal me connaitre car même si je ne doute pas qu'il s'agisse d'un acte raisonnable, il est bien hors de question que je me plie aux désidératas de l'état. C'est stupide me direz vous et je l'admets. Mais moi qui ne gère déjà pas ma banque, je ne me vois pas gérer mes intestins en chiant dans une boite ou me frottant l'anus à un papier test. J'ai vécu en dandy et un dandy ne se résoudra jamais à faire ce genre de choses. Je suis sur que Le Touffier, chirurgien de son état, et ayant dépassé les cinquante ans, n'a jamais effectué ce test. 

S'il ne l'a pas fait je ne me vois pas le faire non plus. Et si le moindre généraliste me reproche mon inconscience, je répondrai qu'un chirurgien brillant m'a expliqué que cela ne servait à rien. Le mot chirurgien ça calme tout de suite les bobologues. Rien qu'en l'écoutant, ils se mettent en PLS ! Et puis si par malheur, je finis avec un anus artificiel et une poche à merde, au moins je pourrais en rendre Le Touffier responsable en l'accusant de m'avoir mal conseillé. C'est toujours bien d'avoir un responsable à incriminer quand un malheur nous atteint. Rien de pire que de se dire que c'est le hasard qui nous frappe. C'est un coup à se sentir maudit de Dieu.

Et puis, il y a eu la réaction de Jean Sablon avec qui j'ai déjeuné ce jour maudit. Ce petit branleur qui n'a pas encore trente cinq ans a osé me parler de la boite à caca ; et pire encore, puisque alors que l'on commandait à déjeuner, il a osé me demander si c'était raisonnable pour mon cholestérol ou mon hypertension de vouloir manger ce plat. Il a osé me traiter en vieux. J'ai évidemment immédiatement contre attaqué en faisant courir le bruit qu'il était doté d'un micropénis. Pour le reste, il n'a eu le droit qu'à mon mépris parce que j'ai beau avoir cinquante ans aujourd'hui, pour rien au monde je ne voudrais en avoir vingt de moins dans le monde qui est le nôtre. Moi qui suis né en mille neuf cent soixante sept, je suis le dernier représentant d'un monde disparu. Je suis un survivant d'un monde auquel les jeunes rêvent tandis que je l'ai connu.

Je suis né sous De Gaulle, la première fois que j'ai embrassé une fille, il y avait Born to be alive qui passait, j'ai vu Coluche au théâtre du Gymnase, Le Luron à l'Edouard VII et vu la troupe du Splendid sur scène, fumé dans un avion, croisé Orson Welles, été triste à la mort de Claude François et parlé à des héros de Verdun ou Dien Bien Phu. Je suis le témoin d'une époque. Une époque à laquelle le franglais n'était pas la norme, ou seuls moins de quinze pour cent des élèves obtenaient leur bac et ou les anglais restaient l’ennemi héréditaire. Et tout cela cela me plait bien. Aujourd'hui, j'ai beau macérer dans une demie tristesse en me disant que décidément ces cinquante années ont passé bien vite, je suis tout de même heureux qu'elles soient passées de cette manière. J'ai de beaux souvenirs. Je n'aurais jamais connu Erasmus par exemple !

Je me dis que je suis le lien entre deux mondes. L'un disparu que certains tentent de ranimer et l'autre qui a éclot en mille neuf cent quatre vingt quinze avec l'Internet. Je me souviens que tout petit, mon arrière-grand-mère, décédée en 1973 à près de cent ans, m'expliquant qu'un des plus beaux souvenirs de sa vie aura été de faire la révérence à l'Impératrice Eugénie, l'épouse de Napoléon III. Et aujourd'hui que je fête mes cinquante ans, à défaut d'impératrice, le seul honneur que je pourrais avoir c'est de serrer la main de Cyrille Hanouna ou pire encore de l'infâme François Hollande !

Comme tous ceux de ma génération, je suis la charnière entre un ancien monde pour lequel j'ai de la nostalgie et un nouveau qui me déplait le plus souvent. C'est ainsi !

02 janvier, 2017

Opinions politiques et neurologie !

Une étude californienne récente sembler démontrer que lorsque ses opinions politiques sont remises en question, le cerveau déclenche une réaction de résistance,  vrai système de défense, comme s'il s'agissait d'une croyance religieuse.  C'est ce qui expliquerait la curieuse réaction de mon filleul Lapinou le socialiste la dernière fois que nous avons parlé de politique.

Les neurologues sont formels, le socialisme est une maladie !

 

Tranquillement installé chez moi en train de siffler une bouteille de Ruinart blanc de blanc, Lapinou devisait de politique en ma compagnie. Et voici qu'il m'explique qu'ayant lu le programme économique de François Fillon, il ne lui trouve que des points positifs. Qu'il s'agisse de la baisser des charges sociales, de l'abandon de l'ISF ou encore de la réduction du nombre de fonctionnaire, Lapinou acquiesce à tout. Voici mon filleul socialiste en train de faire l'apologie d'un programme plutôt libéral-conservateur, tel que ne l'aurait pas renié le RPR de ma jeunesse.

Et de m'expliquer qu'entre le fric qu'il gagne aujourd'hui et l'héritage conséquent qu'il recevra un jour, il serait bien bête d'aller contre ces idées. Le fait de s'être marié à l'église lui aurait il été bénéfique d'un point de vue politique ? A moins que ce ne soit le fait de gagner sa vie car il est bien connu qu'on est toujours plus prodigue de l'argent d'autrui que du sien. 

 Plein de candeur et ne demandant qu'à croire au changement de Lapinou, je lui demande alors bien naïvement s'il allait voter Fillon. Et ce jeune crétin me répond immédiatement que c'est impossible parce qu'il est de gauche. Immédiatement, je lui demande alors pour lequel des brillants candidats aux primaires du Ps il va voter. Et là, il éclate de rire en me disant que la gauche est irrémédiablement cramée et qu'il ne va pas s'embarquer dans ce rafiot qui prend l'eau. Il m'explique alors qu'il votera Macron. J'en déduis donc que Lapinou reste de gauche et que ce faisant, la défense du prolo le conduira forcément à voter pour un mec sorti de la banque Rothschild au cv plus que suspect. C'est à ne rien y comprendre. A moins que ...

A moins que bien que rien chez Macron ne le désigne comme homme de gauche, il suffit qu'il se déclare tel pour que Lapinou réussisse le tour de passe-passe consistant à unir les opposés : discours libéral mais étiquette de gauche. Finalement, on réussirait à faire voter Lapinou pour n'importe quel programme, fut-il le plus réactionnaire, pourvu qu'il y ait "gauche" marqué sur l'étiquette du candidat qui le présente. Ceci dit à la décharge de Lapinou, l'inverse est vrai aussi et je connais un tas de vieux "droitards" qui voteront toujours LR quelque soit le programme présenté. Ils se feront tondre comme des moutons mais peu importe si c'est un LR qui les tond.

Les gens sont essentiellement des buveurs d'étiquette comme le confirme la psychologie sociale lorsqu'elle étudie le conformisme social. Il s'agit plus d'un conformisme par désir de complaisance ou d'identification que d'un réel conformisme par intériorisation. Peu importe les idées réelles pourvu qu'on ait le sentiment de faire partie d'un groupe. Pensez donc si ces voyous 'élus s'en donnent à coeur joie ! Enfin un peu moins depuis qu'internet s'agite et bat les médias traditionnels, alliés naturels des partis, en brèche.

Finalement ce que montre cette étude californienne c'est que l'opinion politique est quelque chose d'aussi important pour un individu que ses croyances religieuses et qu'elles font partie intégrante de son identité. L'opinion politique n'est donc pas quelque chose en plus de son identité, de vagues idées que l'on aurait et dont on pourrait changer en cours de route mais bien une composante essentielle de ce que l'on est. Les opinions politiques sont donc un marqueur social important comme j'ai déjà pu le remarquer chez ma clientèle. Changer d'idées politiques, c'est réellement faire son chemin de Damas, c'est un processus lent qui nécessite une totale remise en cause de son identité sociale. C'est pour cela, comme l'avait si bien imaginé Sefton Delmer, que la propagande noire ou grise marche bien mieux que la propagande blanche. On est plus réceptif aux arguments de quelqu'un qui se dit de notre camp, alors même que ses arguments appartiennent au registre du camp opposé.

Ainsi, il arrive souvent que certains de mes patients se disant de gauche me sortent des énormités qui feraient passer Jean-Marie Le Pen pour un gauchiste. Mais peu importe, à peine leur ai-je fait remarquer que leur réflexion n'est pas réellement de gauche, qu'ils se récusent la main sur le cœur en se disant vraiment de gauche. Lapinou est pareil finalement. Il se dit de gauche tout en pratiquant un humour de droite, en vivant comme un bourgeois de droite. Sous la commune, sans nul doute que Lapinou se serait tenu aux côtés de Thiers.

Lapinouest un socialiste à la mode versaillaise. Tant qu'il ne me fait pas le panégyrique de François Hollande, ça me convient. Bien sur il n'aura jamais 150 au WAIS IV, c'est une certitude :)

Homme de peu de foi !

 Ride du lion !
 
L'année passée, et oui nous sommes déjà en 2017, un ancien patient m'a adressé un ami à lui ; un type dépressif, suivi depuis de longues années par différents psychiatres et sous traitement. Ce nouveau patient était sympa si ce n'est qu'il ne souriait jamais. C'est pourquoi je l'ai vite surnommé Buster Keaton, dont le surnom était justement : l'homme qui ne riait jamais. 

Bien qu'on ait eu de bonnes relations dès le départ, durant les premiers temps, il ne m'a pas souri, pas une seule fois. J'avais le droit à son regard bleu fixé sur moi et sa seule expression était une ride du lion extrêmement prononcée. Je ne sais pas s'il réfléchissait à ce que je lui disais oui s'il était simplement en train de se demander si j'étais un type sérieux ou non.

Il faut dire que son sérieux extrême, sa volonté de tout analyser aussi bien que son incapacité à se laisser aller m'agaçaient au plus haut point. Alors j'avais décidé de le prendre à contre-pied en déconnant et en rigolant. De toute manière, dès le départ, je savais que sa dépression ne durerait pas et que j'en viendrai à bout. Ne me demandez pas pourquoi, moi-même je ne le sais pas. C'est comme ça, c'est intuitif. Même si j'ai toujours pensé que je n'avais pas d'intuition. Disons que c'était sensitif. Je sentais que cela se passerait bien alors il m'énervait avec ses afféteries d'intello et ses questionnements perpétuels.

Comme je n'aurais pas changé d'un iota ma manière de me comporter, c'est lui qui a du changé. Il a esquissé des sourires et à la fin on a fini par rigoler franchement. Ce qui m'a permis de lui dire que si son cas était si grave, il n'aurait pas pu rire comme il venait de le faire. On a vite fait de régler son premier problème qui était du à une rupture amoureuse à laquelle il ne comprenait rien.

Il s'était jsute fait michetonner par une hystérique. Lui y avait cru et elle non bien entendu. Il avait pensé avoir trouvé l'amour de sa vie alors qu'elle n'avait fait que lui jouer la grande scène de l'acte II. Il a réfléchi et convenu que certains signes qu'il avait vu et auxquels il n'avait pas voulu prêter attention étaient pourtant annonciateurs d'une grande catastrophe. 

Mais bon, quand on est seul depuis longtemps, si l'amour passe à portée de main, fut-ce un amour frelaté et bidonné d'une hystérique, on prend quand même. C'est mieux que rien. Faute de grives, on mange des merles dit le proverbe. Il a acquiescé, satisfait d'avoir trouvé la solution à ce problème. Après tout se faire michetonner peut arriver à n'importe qui. Il suffit d'un moment de faiblesse et de l'envie d'y croire malgré les signaux alarmants auxquels on ne veut pas prêter attention et hop, c'est fait.

Et puis, il y avait un problème de fond, à savoir les relations qu'il entretenait avec ses contemporains. Ce patient avait eu un parcours peu commun dont je ne peux parler ici car il est si peu commun que je ne pense pas qu'il y ait plus de deux ou trois personnes en France qui aient eu le même. En tout cas, il avait eu une vie, non pas étrange, parce que c'est un homme plutôt rangé, mais peu commune. Le type avait lâché en route un cursus pour lequel dix mille auraient vendu leur âme au diable pour s'adonner à une passion et en vivre chichement. 

Toujours est-il que bien qu'ayant des amis, il avait toujours eu des difficultés à se lier et encore plus à créer une vraie relation amoureuse. De mon point de vue, si ce n'est des symptômes dépressifs assez bénins, je n'avais jamais vu en lui quoi que ce soit qui puisse donner à penser qu'il n'était pas fait pour une relation stable et durable. Mais le fait était là, se faire des amis proches n'avait jamais été simple, quant à l'amour, n'en parlons pas. 

C'est d'ailleurs lors du second rendez-vous qu'il s'était vraiment plaint de cet état de fait : sa solitude. Il se sentait désespérément seul et incompris. Lors de ce rendez-vous je lui avais dit que c'était assez normal du fait qu'il était manifestement surdoué. Il m'avait alors regardé sans sourire et m'avait demandé si c'était un "truc de psy" ou encore "un argument marketing" destiné à lui redonner confiance ou à le faire rester dans ma patientèle. Je l'avais alors rassuré en lui expliquant que j'avais suffisamment de clientèle pour ne pas jouer à cela et que si j'avais décidé d'y jouer, je n'aurais jamais pris un vrai surdoué comme lui pour monter mon arnaque.

Je lui avais donc expliqué que du fait de son QI manifestement très élevé, il avait sans doute du mal à trouver des gens partageant ses centres d'intérêts mais plus encore sa sensibilité si singulière. Il m'avait expliqué que du fait de son cursus il avait nécessairement fréquenté des gens très intelligent et qu'il ne croyait pas mon analyse. Je lui répondis alors qu'il y avait une différence notable entre être simplement très intelligent et surdoué. Tandis que les "très intelligents" trouvaient sans problème à s'inscrire dans la société, les seconds, du fait d'une sensibilité exacerbée, et je ne parle pas de sensiblerie, et d'une effroyable lucidité avaient bien plus de mal à se socialiser. 

Les simplement "très intelligents", ceux dont le QI dépasse les 110, font des études supérieures sans problème, il leur suffit de travailler. La différence qu'ils ont avec les surdoués c'est qu'on connait l’algorithme qui détermine leur vie en un quart d'heure montre en main alors que les surdoués révèlent toujours des zones d'ombre et des contradictions apparentes bien plus rigolotes. Ils ont souvent un coté dandy, hercules sans travail comme les définissait si justement Baudelaire. Et puis, nonobstant des dons surprenants, ils passent leur vie à se détester, se comparant sans cesse aux moins doués qu'eux qu'ils jugent plus adaptés et de ce fait plus intelligents.

Et puis l'on avait continué les entretiens et régulièrement je lui jetai à la face sa douance que j'estimais manifeste. Un jour je me souviens lui avoir dit qu'il avait au moins cent quarante de QI, ce qui l'avait sourire. C'était l'époque ou il avait commencé à se souvenir qu'il avait des zygomatiques et pas seulement frontaux (ride du lion). Et puis un jour, n'y tenant plus, il m'a dit qu'il voulait passer un test de QI un WAIS IV. Le bougre s'était donc renseigné. Je lui ai dit que je ne faisais moi-même pas passer de tests mais que je me renseignerai pour lui trouver quelqu'un de fiable.

La semaine suivante, je lui confia donc les coordonnées d'une consœur neuropsychologue pratiquant la psychométrie et apte à lui faire passer le WAIS IV. Il prit rendez-vous et suivit le processus en plusieurs rendez-vous destiné à évaluer son quotient intellectuel. Et la semaine avant les vacances de Noël, il dut annuler notre rendez-vous car il avait la restitution de ce test et ne savait pas combien de temps durerait l'entretien.

De mon côté, bien que j'aie été sur de moi, j'étais un peu anxieux en attendant le résultat du test. Je m'étais engagé à plus de 140, persuadé que mon patient était vraiment vraiment surdoué mais je redoutais d'avoir fait une erreur - à laquelle je ne croyait pourtant pas - habitué à jauger les QI en me trompant rarement. Mais que voulez-vous mon orgueil terrible s'accompagne souvent d'une grande humilité. 

En fin de journée, alors que j'étais avec mon dernier rendez-vous, je reçus un SMS de ce patient me disant laconiquement : vous aviez raison : 150. Putain, vous voudrez bien me pardonner cette exclamation, j'avais parié sur plus de 140 et je ne m'étais pas trompé ! Comme j'étais en entretien et que je ne pouvais pas m'épancher par SMS, je me suis contenté d'un sibyllin mais bien senti : "Alors vous avez osé douter de moi ? Homme de peu de foi".

Je suis content, je vais le revoir cette semaine et je ne vais pas être avare de mon succès. On va voir s'il ose encore soutenir que je l'ai jugé surdoué simplement pour lui faire plaisir. Non mais !

***
25A la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, marchant sur la mer. 26Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent: C'est un fantôme! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris. 27Jésus leur dit aussitôt: Rassurez-vous, c'est moi; n'ayez pas peur!

28Pierre lui répondit: Seigneur, si c'est toi, ordonne que j'aille vers toi sur les eaux. 29Et il dit: Viens! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. 30Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur; et, comme il commençait à enfoncer, il s'écria: Seigneur, sauve-moi! 31Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit: Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? 32Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa. 33Ceux qui étaient dans la barque vinrent se prosterner devant Jésus, et dirent: Tu es véritablement le Fils de Dieu.

Évangile selon Saint Mathieu 14-25 / 14 /33

31 décembre, 2016

Joyeuse et heureuse année 2017 !



Meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2017 ! Qu'elle vous apporte ce que vous souhaitez. Pour a part, je ne souhaite pas grand chose mais je sais au moins que cette nouvelle année m'apportera le bonheur de voir les socialistes se prendre une branlée mémorable ! 

J'ai hâte de voir les rédactions en deuil ! Mon père lui-même, âgé de quatre-vingt-huit ans et en parfaite santé, me disait vouloir tenir jusqu'en mai rien que pour s'offrir ce dernier bonheur de voter aux présidentielles de 2017 ! 

Je ne suis pas très "fête de la Saint-Sylvestre" mais cette année j'ai accepté l'invitation du Gringeot et de son Biquaire Club de Seine-et-Marne. Bien sur "biquaire" c'est pour "biker" qu'ils ne savaient ni écrire et encore moins prononcer. Le Gringeot m'a dit : "Viens tu vas voir on va bien rigoler. Y'aura plein de trucs à pillave et après on pourra se marave". Et il a même rajouté : "Tu peux amener ton pote Le Touffier, le spécialiste en chattes. Il est cool lui et il aime bien la bécanes, il va adorer notre club". Une telle invitation, formulée avec autant de poésie ne sachant se refuser, j'ai bien sur accepté. Le nouvel an n'est-il pas après tout l'occasion de "pillave" entre amis ?



24 décembre, 2016

Joyeux Noël !




Chers lecteurs, je vous souhaite un très joyeux Noël ! 


Oui, il s'agit bien dune crèche dans laquelle tous les personnages sont remplacés par des ours. Mon épouse et moi, on aime bien les ours, alors on a une crèche de ce genre. Même le Christ est un ourson. Au départ, on trouvait cela super rigolo. Mais après, on s'est dit : "Que vont penser de nous les gens qui verront cette crèche ? N'est-ce pas carrément blasphématoire ?" Puis, en fait on s'est en foutu. Nous on aime bien les ours. Même que ma chapelle s'appellera Notre Dame des Ours. Après tout, il y a bien les crèches typiques de Provence dans lesquelles tous les santons sont vêtus à la mode des pécores du Sud. Alors pourquoi pas des ours ? 


28 novembre, 2016

Elections américaines et angoisse !


C'est assez drôle car durant des décennies que je me suis moqué des élections américaines. Sans doute, y avait-il un impact réel entre le choix du président américain et ma vie, mais à l'instar de la plupart des français, je n'y faisais pas plus attention que cela. Je me bornais à connaitre le nom de l'élu et puis c'est tout. Bien que né sous le mandat de Johnson, je n'ai connu véritablement leur nom que depuis Gérald Ford. Je suis allé pour la première fois aux États-Unis sous le mandat de Carter, le marchand de cacahuètes puis une seconde fois sous celui de Reagan, l'acteur de séries B. J'ai de vagues souvenirs du premier durant la crise iranienne et un peu du second que l'on accusait d'être un acteur idiot.

Cette fois-ci c'était différent, c'était Trump contre Clinton et j'étais très nettement pour le premier et contre la seconde. Pourquoi ? Oh simplement parce que les rodomontades de vieux généraux américains à l'encontre de Poutine commençaient à me faire un peu peur et que je préfère la paix à la guerre. Trump promettait l'apaisement et je trouvais cela bien. Et puis, autant l'avouer, Hilary Clinton étant la candidate mainstream choisie par les médias et l'establishment, cela m'amusait d'être contre. C'est toujours amusant de voir le visage défait d'un journaliste de BFM qui se prend la réalité de face comme un train, surtout quand il était persuadé de la justesse de ses analyses et de ses prédictions. C'est un peu bête je l'avoue mais bon, quand on est né vieux comme moi, on pense à l'éternité depuis trop longtemps pour se laisser accaparer par ces bêtises.

En outre, je soutenais Trump parce que c'est un vrai promouvant et que cela m'amusait que l'on donne pour une fois sa chance à un mec un peu comme moi. C'est vrai, nous les promouvants, dans un monde régi essentiellement par les concours et l'excès de contrôle, un monde dans lequel on révère plus la constance que les coups d'éclat, nous n'avons plus vraiment de place. Au mieux, on échoue à des postes subalternes, au pire on nous taxe de TADAH pendant qu'on ronge notre frein en silence, encaissant notre déclassement, laissant nos épées se rouiller dans leurs fourreaux, ressassant notre rancœur envers ce monde fait pour les pisse-froids.

Ceci dit, n'ayant pas plus que cela suivi la campagne j'aurais été bien en peine de savoir qui allait gagner de Donald ou d'Hilary. Tous les médias la donnaient gagnante et n'ayant pas d'éléments en ma possession pour me faire une idée personnelle, je ne pouvais que me dire qu'elle allait effectivement gagner. Je m'étais fait à cette idée, ne nourrissant sur la fin qu'un mince espoir de voir mon champion triompher. C'est donc un point important de l'angoisse, puisque vous en conviendrez, en l'absence de données fiables, il est bien difficile de savoir si c'est l'événement A ou B qui va survenir.

Comme le disait un confrère américain, la meilleure image de l'angoisse qu'il donnait à ses patients, c'était de leur expliquer la manière dont conduisait sa mère, fort mauvaise conductrice, avec un pied sur l'accélérateur et un autre sur le frein ! Un coup j'y vais, un coup je n'y vais plus. Être anxieux c'est ne pas pouvoir choisir ou décider ou même accepter que ce sera A plutôt que B ou l’inverse. C'est être comme l'on dit trivialement, "être assis le cul entre deux chaises". D'ailleurs on peut imaginer l'angoisse comme étant un système d'alarme qui sonnerait tant que l'on n'a pas choisi une chaise ou l'autre, A ou B ! En termes de souffrance, si le deuil fait mal au moins peut on espérer qu'il ait une fin tandis que l'angoisse n'en a jamais. Si un deuil bien mené conduit à l'acceptation, une angoisse laissée libre conduit à la crise paroxystique ou au trouble anxieux généralisé.

Ainsi, s'agissant des élections américaines, je préférais Trump que Clinton mais ne disposais personnellement d'aucun élément me permettant soit d'espérer soit de faire mon deuil. Fort heureusement, je possède dans ma clientèle des individus surprenants capables de deviner les choses assurément. Comment ? Je n'en ai aucune idée. Toujours est-il que moi, le capricorne sérieux toujours les deux pieds sur terre, je ne dispose par de leurs antennes capables de telles intuitions. Moi, tout ce que je peux faire, c'est de saisir des informations parfois ténues et de les mettre en équation. Pour cela, je suis très fort, vraiment. Je suis un très bon profileur. En revanche, je suis dépourvu d'intuition. Eux non, bien au contraire.

L'une, âgée de trente-six ans, que je surnommerai la sorcière et l'autre, âgé de quarante-cinq ans que je surnommerai le devin, m'avaient assuré dès les primaires républicaines que ce serait Trump qui en sortirait vainqueur alors même qu'on le plaçait comme outsider. Et force est de constater qu'ils avaient raison. Comment l'ont-ils sur, je n'en sais fichtre rien et sans doute qu'eux non plus même si après coup, ils ont tenté d'intellectualiser leur démarche. Dans les faits, l'un et l'autre avaient plus ou moins deviné que ce serait Trump qui sortirait le vainqueur de ces primaires, rien de plus.

Puis vinrent les élections proprement dites avec leur lot de rebondissements et de révélations crapoteuses. On avait Trump le sexiste un peu dégueulasse contre Hilary la magouilleuse même si d'après les médias, cette dernière n'était jamais présentée de cette manière mais plutôt comme une sorte de sainte intouchable sous peine d'être taxé de "populisme". Encore une fois, je n'avais aucun élément en ma faveur pour savoir qui gagnerait.

Le soir des élections américaines, me prenant au jeu, je suis resté éveillé tard dans la nuit. L'oeil rivé aussi bien sur les chaines d'informations que sur le site du New-York Times, fort bien fait au demeurant, qui présentait les résultats en temps réel. En début de soirée l'avantage était très nettement en faveur d'Hilary, donnée gagnante à plus de quatre-vingt pour cent. Je n'en menais pas large. Je suis resté des heures en contact par SMS avec le devin qui suivant les élections depuis chez lui. Même lui commençait un peu à douter de ses prédictions devant la réalité alarmante des chiffres ! Un peu anxieux et toujours incapable de savoir si j'avais raison d’espérer ou si au contraire j'aurais des raisons de pleurer, j'envoyai alors un sms à la sorcière pour savoir quel serait son pronostic compte tenu des prévisions en temps réel émanant du New-York Times. 

J'eus alors une réponse étonnante par laquelle la sorcière me disait que Trump allait gagner, que c'était une certitude, qu'elle allait se coucher et qu'elle se réveillerait au matin pour avoir la bonne nouvelle. Bien que la méthode manque singulièrement de base scientifique, je gardai donc espoir envers et contre tout et décidai de rester éveillé une grande partie de la nuit pour suivre ces élections. Et c'est ainsi que vers trois heures du matin, un changement s'amorça, l'aiguille du compteur de probabilités se mit à évoluer dans l'autre sens, doucement mais inexorablement et une heure après les jeux semblaient totalement faits, Hilary allait perdre, Trump était donné gagnant à plus de quatre-vingt pour cent !

J'étais toujours en lien par SMS avec le devin qui suivait les élections en même temps que moi. D'un commun accord, nous étions sur TMC ou une émission baptisée La nuit américaine et animée par Yann Barthès avait lieu en direct. Dès trois heures trente effectivement, les visages semblaient tendus et une heure plus tard, le plateau, animateur, invités et spectateurs, tous entièrement acquis à Hilary se mettait à craquer. On vit alors des visages figés, des invités en pleur, des chroniqueurs masquant mal leur colère. D'autres au contraire semblait en état de sidération qui est est un état de stupeur émotive dans lequel le sujet, figé, inerte, réalise un aspect catatonique par son importante rigidité. Le devin et moi, cruels comme il se doit, nous en avons beaucoup ri ! Ils avaient rêvé d'Hilary et ils auraient Trump, la grande gueule populiste. 

Cette nuit là, nous n'avons dormi qu'une heure et demie mais quel spectacle ! Quant au lendemain, ce fut encore plus drôle de voir tous ces analystes et futurologues en carton bafouiller, en comprenant pas pourquoi leurs prédictions ne s'étaient pas réalisées. Quant à savoir ce que fera ou non Trump, j'avoue m'en foutre un peu dans la mesure où je ne suis pas américain. 

En revanche dans les jours qui ont suivi j'ai eu quelques patients très anxieux à l'idée que Trump allait prendre la suite d'Obama. On a beau savoir qu'il y a quantité de contre-pouvoirs et que même sous Staline qui était tout de même un mec bien barré, la guerre n'a pas éclaté, rien n'y faisait, certains voyait l’élection de Trump comme l’avènement d'un nouvel Hitler qui allait ravager le monde. C'est toujours drôle de constater que chez les gens de gauche, dès que l'histoire ne va pas dans leur sens, il faut qu'ils convoquent Hitler le repoussoir pour asseoir leurs préférences. 

Bien entendu, professionnellement, je suis resté neutre, dissimulant ma joie de voir Trump élu, me contentant de rassurer ces pauvres âmes perdues au milieu de flots impétueux qui allaient les mener vers une guerre mondiale. A force de croire les journalistes, on en vient à penser n'importe quoi. J'ai donc rassuré du mieux que je l'ai peu, cela très sincèrement parce que je ne pense pas que Trump soit un danger pour le monde même s'il semble parfois un peu taquin dans ses prises de position.

Et tandis qu'une patiente avait du mal à adhérer à mes vues rassurantes, je lui expliquai alors que Trump étant natif du signe des Gémeaux, il n'avait en aucun cas les qualités adéquates pour faire un bon dictateur. Parfois, face à des peurs irrationnelles, je n'ai rien d'autres que des explications irrationnelles à opposer !

Même si tout au fond de moi, je sais bien qu'un natif du Gémeaux ne fera jamais un bon dictateur !

11 novembre, 2016

Apparitions !


C'est aujourd'hui le onze novembre et comme toujours depuis dix ans que je tiens ce blog, voici un petit article pour commémorer ce jour. Aujourd'hui parlons de grandes mystiques.

Il se trouve que cet été, comme je traînais un peu dans l'est de la France, dans ce qu'on appelle la diagonale du vide, cette bande de territoire où il n'y a rien ou presque et où il n'y aura bientôt plus rien du tout, je me suis dit que quitte à être dans le trou du cul du monde, autant en profiter pour voir les curiosités locales. Aussitôt dit, aussitôt fait et je décide donc de faire un détour par Domremy-la-Pucelle, localité qui vit naitre Jeanne d'Arc un 6 janvier 1412.

Déjà, il s'agit de trouver l'endroit paumé au milieu de nulle-part et on ne peut pas dire que le département des Vosges ait beaucoup insisté pour l'indiquer ! On pourrait passer juste à côté sans qu'un panneau ne l'annonce. A croire que la région est bourrée de monuments et croule sous le tourisme.

Le contact avec Domremy-la-Pucelle est un peu rugueux. Il est 13h45 et lorsque j'entre dans l'unique restaurant de la ville pour demander si ils servent encore, j'essuie un "non" mal-aimable. Enfin, c'est peut-être une manière de communiquer des gens du cru. A moins que ce restaurant ne fasse un tel chiffre d'affaires qu'il puisse se permettre d'envoyer "chier" les clients. C'est vrai qu'en province, se pointer à 13h45 pour déjeuner, c'est assez fou. Quoiqu'il en soit, nous ne déjeunerons pas et partirons faire la visite de la maison de la Pucelle.

Il y a quelques dizaines de voitures sur le parking. Ce n'est pas l'affluence du château de Versailles. On sent que l'on ne va pas se marcher dessus. Tout d'abord, visite de l'église où fut baptisée Jeanne qui est restée la même si ce n'est qu'ils ont inversé l'entrée ! J'en profite pour mettre un cierge à la Pucelle en lui demandant d'intercéder auprès de Dieu pour qu'il nous débarrasse des socialistes. Ça ne peut pas faire de mal !

Ensuite, nous nous dirigeons vers la maison de Jeanne, celle où elle vécut vraiment et qui n'a pas bougé depuis le XVième siècle. Tout est en l'état et comme c'est très petit, cela se visite vite ; les alentours sont bien tenus avec la présence d'un petit jardin médiéval où poussent des simples. On se dirige ensuite vers le musée proprement dit qui est un bâtiment moderne dans lequel est restitué la vie de Jeanne à son époque au milieu de la guerre de cent ans. C'est le moment de se remémorer tous ces noms jadis appris et à peu près oubliés. 

Notons qu'une petite cinéscénie permet de restituer tout cela avec des personnages en costume et une voix off qui nous raconte les débuts de la fameuse guerre de cent ans. Dans un coin, figure même un turc dont on apprendra qu'il ne jouera aucun rôle puisque l'empire ottoman n'a effectivement aucun lien avec la guerre de cent ans. C'est sans doute la résultante du vivre-ensemble qui fasse que dans un endroit où il n'a rien à faire, on trouve tout de même un turc. En revanche les tribus amazoniennes ont été clairement stigmatisées puisque aucun Bororo ou Kalapalo n'est présent ! Sur le moment j'ai envisagé dès mon retour de monter un collectif afin de lutter contre cette odieuse discrimination !

Notons aussi que si on restitue l'histoire de Jeanne, aucune mention n'ait faite de sa canonisation. Ici, en terres muséographiques, on ne retient que le personnage historique mais on combat clairement le goupillon. On souscrit à une très rigide laïcité qui fait que Jeanne d'Arc nait, vit et meurt à Rouen en 1431. Ce qui se passe après, on s'en fout, ça n'existe pas. La béatification de 1909, la canonisation de 1920 et le culte fervent dont elle fut l'objet ne sont pas enseignés. Fin de la visite.

De retour sur Paris, lorsque mes rendez vous ont repris et qu'on a parlé de vacances avec mes patients, j'ai dit que je m'étais rendu sur le lieu de naissance de Jeanne d'Arc. J'ai été très étonné que la plupart ne sachent pas où elle était née. Pour moi, né en 1967, Jeanne d'Arc était née à Domremy en Lorraine. Certes j'aurais été infichu de le trouver sur une carte pas plus que de savoir dans quel département était situé le village. Mais Domremy m'était familier. 

J'ai même pu constater qu'il y avait un clivage entre les gens nés avant 1977 et les autres. Tandis que les premiers connaissaient l'endroit, les second n'en connaissait pas le nom. Comme me l'a expliqué une jeune patiente, ayant pourtant deux ans d'avance et actuellement en cinquième année à l'IEP de Paris, c'est une question de génération. Elle n'avait pas tort. Ce que j'ai appris ne différait sans doute pas vraiment de ce qu'ont appris les dix générations qui m'ont précédé. Puis, les réformes et le pédagogisme à haute dose sont arrivés et l'histoire a été enseignée différemment. Quant à moi, j'en suis un peu resté au Tour de la France par deux enfants. Ça commence à dater ! J'ai connu le tableau noir et les craies et ma première institutrice était née en 1906.

Jeanne d'Arc deviendra le symbole de l'unité nationale durant les deux guerres. Et bien qu'elle fut canonisée, on en fit une sorte d’héroïne laïque, la figure d'une France qui ne se résout pas à abandonner quand tout semble fini.

C'est sans doute l'exemple de Jeanne d'Arc qui incita Claire Ferchaud lors de la première guerre mondiale à l'imiter. Cette religieuse, native de Loublande en Vendée, entrée en religion sous le nom de sœur Claire de Jésus Crucifié, fut une mystique dévote du Sacré-cœur de Jésus qui pendant le premier conflit mondial prétendit s'être fait confier une mission par le Christ.

A la fin de l'année 1916, en pleine bataille de Verdun, elle explique qu'elle aurait eu une vision de Jésus lui montrant son cœur « lacéré par les péchés de l’humanité » et traversé par une plaie profonde encore  : l’athéisme.

S'estimant investie d'une mission surnaturelle, elle souhaite contacter Raymond Poincaré en lui proposant, entre autre, de faire apposer l'image du Sacré cœur sur le drapeau français. Grâce à l'intervention d'un député royaliste, elle le rencontre mais ce dernier lui explique qu'il ne peut à lui seul changer la loi. Il lui promet d'en parler à la chambre des députés, ce qu'il ne fit, bien sur, jamais.

Loin de se lasser, l'année suivante elle adresse une lettre d'avertissement à plusieurs généraux d'armée en leur demandant que l'image du sacré cœur figure sur nos couleurs. On sait aujourd'hui que seul le Général Foch a consacré les forces armées françaises et alliées au Sacré-cœur l'année suivante au cours d'une cérémonie privée. 

L'église étudia les crises mystiques de Claire Ferchaud mais le 12 mars 1920, un décret du Saint-Office désavouait ses dires en estimant que les « faits de Loublande » ne pouvaient être approuvés ». Sans doute que très fragilisée par la crise de 1905, l’Église ne souhaitait plus donner de crédit à des faits surnaturels s’immisçant dans le politique. Claire Ferchaud s'est éteinte en 1972.

Aujourd'hui, Claire Ferchaud est presque totalement oubliée même si son souvenir survit néanmoins dans les milieux traditionalistes et monarchistes.

si un jour, je vais traîner mes guêtres en Vendée, je passerai par Loublande. Après être allé voir Jeanne, pas de raison d'ignorer Claire. Dès fois qu'elle ait vraiment vu quelque chose.

Pas envie d'être damné moi !

07 novembre, 2016

Dix ans déjà !


Vous l'aurez noté, j'écris peu depuis quelques temps. J'ai beaucoup de travail et d'occupations qui ne me laissent pas le temps de venir sur ce blog ce que je regrette. J'ai aussi peut-être moins d'inspiration et il en faut pour écrire des articles. Le temps je le retrouverai et l'inspiration aussi, je n'ai pas d'inquiétude. J'ai noté qu'il suffisait que je m'installe à mon bureau, que j'ouvre mon i-Mac pour qu'elle revienne. Je crois en effet que c'est en forgeant qu’on devient forgeron. Si l'on se tient loin de l'ouvrage, rien n'avancera.

A dire vrai mon éloignement n'a rien à voir avec le manque de temps ou d'inspiration. Du temps, j'en ai à revendre puisque j'ai organisé ma vie afin de pouvoir disposer de cette ressource dont tout le monde manque : le temps ! Pour en faire quoi ? La plupart du temps rien, d'autres fois, des choses. Quand je ne fais rien, je ne fais pas rien d'ailleurs, je lis, je collecte des centaines d'informations inutiles que je stocke dans ma mémoire. 

Je me laisse alors voguer au gré de mes lubies pouvant aller d'un centre d'intérêt à un autre. Comme je l'ai souvent écrit et je crois être "l'inventeur de ce néologisme", je suis lubique. C'est d'ailleurs sans doute ce que j'aurais détesté à travers l'école puis les études supérieurs, cette obligation d'engranger des connaissances utiles au mépris des chemins de traverses que j'adore emprunter. 

Je suis toujours stupéfait en voyant les gens aussi affairés autour de moi, toujours occupé à faire quelque chose qui leur semble important, n'ayant de temps pour rien d'autre et surtout jamais pour se laisser vivre. Moi j'ai organisé ma vie autour de mon activité professionnelle et de ma glandouille, cinquante/cinquante. Je concentre tous mes rendez-vous sur trois jour et demie, et le reste, je ne fais rien de précis, si ce n'est quelques menues obligations que je me dois d'accomplir. Et encore sont elles mineures dans la mesure ou je suis parvenu à n'avoir que des liens très très ténus avec la vie telle que l'envisage mes concitoyens. 

Mon éloignement de ce blog, je crois que je le dois à ce fabuleux outil qu'est mon i-Pad air. C'est petit, léger, et doté d'une très bonne autonomie et cela me permet de lire sans quitter mon canapé. De ce fait, j'approche beaucoup moins de mon i-Mac et de ce fait de mon blog ! Je pourrais bien sur écrire de mon i-Pad mais quiconque a déjà tenté de taper un long texte sur un clavier virtuel sait que c'est impossible. Quand je vois mon épouse répondre à ses mails de son i-Phone, je suis admiratif, moi je ne pourrais pas. Je me borne à envoyer de brefs SMS, c'est vraiment tout ce que mes gros doigts gourds me permettent !

Pourtant ce blog, je l'aime beaucoup, il m'aura apporté beaucoup de bonheur et surtout beaucoup de belles rencontres. Si j'en parle ainsi aujourd'hui, c'est que cela fait dix ans déjà que je l'ai ouvert. Au départ, j'envisageais juste d'écrire des articles pour montrer que la réalité de nos cabinets, n'était pas celle que l'on décrit dans les romans ou les séries télévisées. J'en avais marre de l'image du psy froid, à la limite du sadisme et dénué d'empathie, pratiquant la reformulation rogerienne face à un patient dénué de toute pathologie que l'on nous présente sans cesse. J'avais envie de montrer une autre réalité, du moins celle qui est la mienne. Puis, de fil en aiguille, et parce que mes capacités de concentration sont limitées, je ne suis pas parvenu à suivre parfaitement la ligne éditoriale que je m'étais fixée et mes articles ont tapé dans tous les sens. Je gage que bon nombre de mes confrères me lisant ont du s'interroger sur ma santé mentale.

Elle va bien rassurez vous, ma santé mentale. Si je me suis laissé aller à écrire sur tout et n'importe quoi, c'est j'ai toujours été partisan de la dédramatisation. Quand je me suis installé voici bien des années, un vieux psychiatre m'avait mis en garde en m'expliquant que nous étions nombreux sur Paris. Je lui avais alors rétorqué qu'il avait sans doute raison et qu'il m'appartenait de faire valoir un savoir-faire différenciateur. Ce savoir-faire différenciateur tenait pour moi en deux choses : d'une part le fait que j'aie eu une vie avant qui me permette de comprendre ce que l'on me raconte sans pour autant psychologiser et enfin ma capacité à dédramatiser, sachant que de toute manière on finira tous par mourir et que ce serait idiot de mourir malheureux. 


En dix ans j'aurais donc écrit des centaines d'articles sans doute très très inégaux sachant que mon objectif était en premier lieu de me faire plaisir et enfin d'être utile si d'aventure quelqu'un me lisait. Au départ, je ne pensais pas qu'on me lirait, ou alors par erreur, au gr d'une requête Google qui aurait égaré quelqu'un par hasard chez moi. A aucun moment, je n'avais envisagé que ce blog puisse me permettre d'avoir accès à une patientèle. Vous aurez noté qu'il est anonyme même s'il est possible par je ne sais plus quel tour de passe-passe d'obtenir mes coordonnées. Je l'ai ouvert pour moi, pour me faire plaisir, parce que j'aime écrire même si je ne mets aucune prétention dans cette activité. Donnez moi un carnet et un stylo et je suis heureux alors imaginez mon bonheur avec un ordinateur !

Dix ans se sont passés que je n'ai pas vus disparaitre. J'avais trente-neuf ans et j'en ai aujourd'hui quarante-neuf. Le monde va de plus en plus mal. Rien n'a évolué dans le bon sens en dix ans mais pour ma part, je surnage, je m'accroche et tout ne va pas si mal. Je reste stoïque et confiant pratiquant depuis longtemps un pessimisme optimiste de bon aloi : ça va mal finir mais après ça ira mieux.

Et bien que je ne l'ai pas cherché ce blog est aujourd'hui à l'origine de la moitié de ma clientèle. Il y a dorénavant les patients envoyés par les médecins pour qui j'ai évidemment le plus profond respect et ceux du blog qui restent pour moi particulier et pour qui j'aurais toujours plus de tendresse. Il faut dire que ce blog m'aura permis de connaitre des individus hors du commun que je pense, bien peu de confrères voient dans leurs cabinets.

En premier lieu j'ai été étonné d'être lu par autant d'ingénieurs. Pourtant, c'est de loin la catégorie socio-professionnelle la plus importante à être venue via ce blog. J'en ai tellement qu'aujourd'hui, je pourrais ouvrir une SSII ou un cabinet de conseil. Bien sur, mes ingénieurs à moi restent très très atypiques, cela va de l'ingénieur des Mines se passionnant pour les langues tokhariennes jusqu'au polytechnicien glandeur en passant par le centralien féru d'astrologie. J'ai une clientèle d'ingénieurs allumés assez improbable. Bien entendu, le terme "allumé" n'a rien de péjoratif bien au contraire ! Tous sont assez talentueux pour que leurs activité professionnelle ne représente qu'un faible pourentage de leur puissance de calcul, ce qui leur permet de se passionner pour des sujets parfois très ésotériques. C'est un vrai régal puisque cela me permet aussi de partager mes centres d'intérêt parfois étranges.

Ensuite, j'ai aussi eu beaucoup de médecins. Une fois encore, j'aurais pu monter un hôpital privé ! Du simple généraliste jusqu'aux spécialistes en passant par des chirurgiens, j'ai tout eu même parfois des spécialités peu communes comme une hématopédiatre ou une anatomopathologiste. Parfois, sachant qu'ils aiment à se tirer la bourre entre eux, chacun d'eux étant forcément le produit du concours très difficile de l'internat, le résultat d'une lutte à mort, je m'amuse à les opposer les uns aux autres. Le meilleur client à ce jeu là étant bien sur Le Touffier, chirurgien obstétricien de son état, à qui j'adore dire que j'ai dans ma clientèle un cardiologue qui pense le contraire de ce qu'il vient de me dire. Là, il bondit et ne cesse de me dire que les cardiologues sont des ù$@# et pire encore des &"'§# dont la pensée ne doit jamais être prise en compte. C'est toujours drôle de le voir bondir ainsi. 

Enfin, j'ai aussi eu des professions plus confidentielles comme des policiers, des pompiers, des gendarmes, des militaires et même un petit gars de la Royale. Savoir que je suis lu dans ces cercles aussi étonnants que l'infanterie de marine, une frégate, une caserne de pompiers, une gendarmerie, un commissariat ou la DGSI m'amusera toujours. On se met derrière un écran, on tape et on ne sait jamais où finiront nos mots.

Une patiente récente, envoyée par quelqu'un venu précédemment du blog, m'a récemment dit que j'avais une clientèle étonnante et d'un niveau  très très élevé. Je lui ai dit que c'était du à mon blog et que moi-même je ne me l'expliquais pas toujours. J'écris, je m'amuse la plupart du temps même si parfois je sais être grave et je ne maitrise pas le résultat. Sans doute que mon approche pragmatique de ma pratique alliée à mes idées politiques anarcho-droitières ont du séduire des personnes qui habituellement se méfient de ma profession. Effectivement, aller mieux n'est pas très compliqué. Pour d'autres encore, il a sans doute du exister suffisamment de similitudes entre eux et moi pour que cela les rassure. Oui, on peut sembler étrange à beaucoup de gens, avoir des lubies, des idées baroques sur le monde et n'en pas moins être totalement structuré et opérationnel.

Ces dix ans sont évidemment l'occasion de remercier tous ceux qui m'ont fait confiance en venant me consulter en espérant que je n'aurai pas démérité. Je ne le crois pas. Sincèrement, je pense avoir toujours rempli mon obligation de moyens, ne ménageant ni mon temps ni ma peine pour aider du mieux que je peux ceux qui m'ont fait l'honneur de me consulter.  

Bien sur, sur le nombre, j'ai un ou deux regrets, une ou deux personnes pour qui je me dis que j'aurais sans doute pu mieux faire. Mais que voulez-vous, je ne suis pas à l'abri d'erreurs. Erreurs que je m'empresserai de réparer si d'aventure ces quelques personnes prenaient de nouveau rendez-vous.

Dix ans viennent de passer et je m'en souhaite dix autres, aussi calmes et agréables que celles qui viennent de s'écouler. Je resterai fidèle à mon blog et quitterai ma tablette afin d'écrire plus souvent. 

Dans tous les cas, chers lecteurs, je vous remercie tous de votre fidélité et espère que vous m'accompagnerez pour ces dix prochaines années.

30 juillet, 2016

Jésus suite et fin !


Ce fut presque ma dernière séance de juillet. En tout cas, ce fut la plus tardive. Cela faisait quelques semaines que je travaillais Jésus au corps. La possession d'accord, s'il voulait. Pourquoi pas ? Face à l’inconnu, une explication en vaut bien une autre.

De mon côté, j'avais évacué les explications rop rapides du type schizophrénie et troubles bipolaires. Pour cela, je m'étais même engueulé avec des médecins pour qui je prenais des risques insensés en gardant Jésus dans ma clientèle alors que sa place eut été dans un établissement spécialisé à faire de la peinture sur soie, en bavochant, bourré de neuroleptiques.

Comme je ne suis pas tout à fait demeuré, j'avais fait évaluer mes conclusions par deux vieux psychiatres qui m'avaient tous les deux confirmés que Jésus n'était ni schizophrène ni bipolaire. Quant à savoir ce qu'il avait, ils restaient perplexes. Les deux étant croyants, ils n'évacuaient pas un problème spirituel même s'ils restaient réservés quant à l'explication de possession. Non qu'ils n'y crussent pas mais simplement que leur formation ait constitué un rempart trop important pour que le surnaturel s'y invite vraiment.

J'avais aussi fait examiner Jésus par tout ce que je connaissais de médecins compétents et ouverts d'esprit et notamment par deux neurologues ouverts d'esprit. Si le premier, sommité mondiale dans son domaine, me renvoya Jésus en me disant qu'il n'avait rien lié à son domaine d'expertise, le second m'expliqua la même chose tout en me demandant s'il n'y aurait pas de l’hystérie dans ce comportement étrange. Le mot était lâché, l'hystérie, cette explication bien facile qui permet de regrouper ce qui échappe tant aux examens biologiques qu'à la raison raisonnante. 

Pourtant, connaissant bien ce neurologue, un type intelligent et fin, je sais qu'il n'employait pas ce terme comme tous ceux qui s'abstiennent du moindre travail pour rendre le patient responsable de son état mais pour mettre un mot sur un comportement qui lui semblait totalement psychogène. Jésus produisait donc lui-même ce foisonnement de symptômes. Et pour le coup, j'étais bien d'accord avec le Dr P. ! Cela confirmait que le cas Jésus n'entrait pas dans le cadre des pathologies graves qu'on avait voulu lui reconnaitre. Jésus était malade mais pas au sens psychiatrique. Jésus me semblait malade de lui-même.

Naviguant sans cesse du spirituel au psychologique, bien que j'aie souvent expliqué à Jésus que je n'étais pas prêtre, je tentai alors de faire une synthèse de tout cela. Oui, Jésus était possédé mais par une idée fixe et quasi délirante et obsessionnelle. Pour ma part, cet appel incessant envers dieu qui aurait du le sauver fleurait bon la culpabilité. Ce n'était pas faute d'avoir échafaudé des scénarios de tout ce qui aurait pu le mettre dans cet état. Mais si Jésus m'écoutait, il n'en démordait pas, il était possédé, point barre. Ce qui lui arrivait était du fait du malin et non psychogène. Sa guérison serait miraculeuse ou pas.

Il fallait donc que je parle le langage de Jésus. Le langage psychopathologique, trop froid et méthodique, lui glissait dessus comme l'eau sur les plumes d'un canard. Seules des explications un peu "magiques" étaient acceptées et débattues. Dieu m'inspira-t-il ? Je n'en sais rien, toujours est-il qu'un jour, alors que j'étais un peu excédé d'être si proche de la vérité sans pour autant réussir, je lui expliquai qu'il possédait en lui des capacités d'auto-exorcisme. Mon point de vue l'intéressa.

J’échafaudai l’hypothèse selon laquelle les exorcistes successifs dont il avait bénéficié étaient comme des charges rapides d'une batterie mais que si jamais il ne tournait la clé de contact, le moteur ne redémarrerait jamais. Ce n'est sans doute pas exactement ce que je lui ai dit mais c'est la manière la plus simple d'expliquer l'idée qui m'était venue. En tout cas, j'avais parlé à plusieurs reprises d'auto-exorcisme un peu comme si, enseignant le piano, j'avais expliqué à un élève que si entre les cours, il n'approchait jamais d'un clavier, les progrès n'arriveraient jamais. Et ma foi, si son état n'était guère amélioré, ses idées un peu délirantes diminuaient. Jésus est un garçon obstiné et têtu mais je crois l'être deux fois plus que lui. Si j'ai raison, je n'aime pas qu'on me résiste. Et puis je suis payé pour réussir même si je n’oublie pas que je n'ai qu'une obligation de moyens.

Et puis vint ce jour de la fin juillet. Je venais de rentrer chez moi. Il était aux alentours de 22h45. Je venais de m'asseoir dans mon canapé après avoir salué mon épouse. J'allais diner. Je reçois alors un SMS de Jésus qui m'explique que les choses bougent dans sa tête. Il me dit qu'il peut être là dans vingt minutes à mon cabinet. Je lui réponds que je n'y suis plus. Je lui dis de me laisser un quart d'heure, le temps de manger un truc, de boire un café et de fumer une cigarette et qu'ensuite on se rejoint sur Skype.

Mon épouse est un peu agacée ce soir là. Elle me dit que je rentre toujours tard et qu'en plus il faut que je fasse une séance à pas d'heure. Je lui explique que là, il s'agit de Jésus, qu'il vient de perdre les eaux et que l'accouchement est imminent. Que penserait-elle du Touffier si alors qu'une de ses patientes est sur le point d'accoucher, il restait dans sa chambre de garde à regarder une série débile ou des bastons de filles sur Youtube ? Elle a obtempéré face à de tels arguments.

J'ai donc grigoné un truc, bu un café froid en fumant une clope et je suis monté à mon bureau. Jésus n'a jamais réussi à démarrer Skype, alors on s'est parlé au téléphone. Et là, tel un abcès mur qui ne demanderait qu'à se percer pour libérer de tout son pus, il m'a parlé, parlé, parlé et encore parlé. Il m'a parlé de sa vie entière, de son enfance à maintenant, il a relié tous les évènements qu'il avait connus, expliqué le pourquoi du comment de ses errements, il a tout dit.

Moi d'habitude si bavard, je n'ai rien dit, j'ai écouté religieusement. De temps à autre, je pressais un peu l'abcès pour que le pus s'écoule. Il a tout balancé, tout ce que j'avais imaginé et même d'autres choses qu'il n'avait jamais dites. D'ailleurs, je ne sais pas vraiment ce qu'il a dit. Je ne m'en souviens plus vraiment. C'était une avalanche de mots et d'émotions. Je savais juste que c'était la fin de son calvaire, le reste m'importait peu. Ça tournait autour de l'idée de culpabilité et c'est tout ce qui m'intéressait. 

Puis, après s'être ainsi vidé, vidangé, après qu'il eut enfin accouché de ses idées morbides, sa voix s'est apaisée. On a rigolé histoire de descendre un peu sur terre. J'ai su que tout était fini et bien fini et lui aussi. Comme je connais bien sa mère et qu'elle était bien plus qu'inquiète depuis plus d'un an, je lui ai demandé la permission de lui envoyer un SMS pour la rassurer. Ce qu'il m'a bien sur autorisé. Il m'a d'ailleurs dit qu'il irait la rejoindre en vacances dans deux jours pour se reposer. On a raccroché après deux heures passées au téléphone.

J'ai envoyé un SMS à sa mère dans lequel je lui ai dit que suite à une longue séance qui venait de s'achever, son fils était de retour dans le monde des vivants et qu'il serait avec elle dans quarante-huit heures. Le surlendemain, j'ai fermé le cabinet sans avoir revu Jésus.

Durant le mois d’aout j'ai demandé succinctement de ses nouvelles à sa mère pour voir si cela se maintenait. Elle m'a rassuré en me disait qu'il allait bien, qu'elle l'avait retrouvé. De retour au cabinet, j'ai trouvé un petit mot de sa part me remerciant de lui avoir évité l'internement. C'était vraiment gentil et j'ai été touché.

S'agit-il d'un phénomène d'auto-persuasion ? Sans doute que oui, en partie. S'agit-il de possession, sans doute que oui aussi en partie. Du moins si l'on veut bien admettre qu'à la lisière de notre conscience sont tapies des bien vilaines idées qui peuvent nous envahir et nous faire perdre notre libre arbitre. Le diable peut prendre bien des formes. En tout cas ce n'était pas de la folie. C'était un de ces cas étranges où le spirituel et le psychologiques s'intriquent l'un et l'autre pour faire perdre pied. 

Ce n'est évidemment que mon avis, libres à ceux qui auront vu Jésus su auront lu son histoire sur son blog de se faire son idée. Pour ma part, je savais ce que cela n'était pas, à savoir de la bonne grosse pathologie psychiatrique. Pour le reste, j'ai un peu navigué à vue, angoissant à certaines moments, étant rassuré à d'autres. J'intuitais vaguement une telle issue me contentant au fil du temps de le relier au monde des vivants. 

Suis je le seul qui  aurait pu le sortir de là ? Bien sur sur que non, je n'aurais pas cet orgueil ! Étions nous nombreux à pouvoir l'aider ? Sans doute que non dans la mesure où il fallait être plus malin que savant et avoir une foi de charbonnier bien plus qu'une véritable érudition religieuse. Pour ma part, j'ai fait mon boulot. J'ai bataillé ferme, je n'ai jamais dételé et c'est ce qui me plait. L'idée d'avoir tenu tête à un chef d'un service de psychiatrie et de lui avoir fait rendre gorge n'est pas désagréable non plus. Mais ça c'est de la gloriole imbécile, de l'orgueil de petit mâle crétin. Que voulez-vous, je suis en partie esclave de ma biologie et donc de ma testostérone. Nous les mâles, on a des conflits de territoires.

Il restera toujours des zones d'ombre. Par exemple, un jour qu'il grognait dans mon cabinet, au point que je n'étais vraiment pas rassuré, je l'avais filmé pour conserver la preuve de ce que je vivais. Ce jour là, une heure après, la batterie de mon téléphone, un Androïd que j'avais acheté pour remplacer un Iphone a rendu l'âme. Que s'est-il passé ? Rein d'autre qu'une batterie défectueuse diront les être pragmatiques et j'en fais partie. Peut-être autre chose penseront les individus prompts à voir des signes dans de tels évènements. 

Jésus va bien, c'est l'important. Le reste est de la littérature. Le dossier Jésus est bouclé.

29 juillet, 2016

Vacances, j'oublie tout ...


Vacances j'oublie tout
Plus rien à faire du tout
J'm'envoie en l'air ça c'est super
Folie légère
Vacances j'oublie tout
Plus rien à faire du tout
J'm'envoie en l'air ça c'est super
Folie légère
C'est fou!



Voilà, c'est fait ! Afin de monter que même sur ce blog on peut citer les grands auteurs contemporains, j'ai mis le refrain de la chanson Vacances j'oublie tout du groupe Elegance. Ça date de 1982 et les arrangements sont de François Feldman, oui celui-là même qui vous aura fait danser sur ses Valses de Vienne ! Que du lourd comme vous le voyez. J'aime à exhumer les gloires défuntes pour vous prouver, puisque chaque année mon lectorat rajeunit d'un an, que lorsque j'avais quinze ans on avait aussi de la bonne musique sans avoir besoin de se mettre un casque sur la tête comme les Daft Punk.

Manque de pot, même si je suis content d'être en vacances, moi qui n'ai pas de RTT, je n'en oublie pas tout pour autant et notamment ma chère clientèle reste bien présente à mon esprit. Oh bien sur, l'écrasante majorité de mes patients sont eux aussi bien contents d'être en vacances. A eux, les destinations lointaines ou la maison de famille, loin de l'agitation parisienne et du bureau. Mais quid des autres ?

Quels autres me direz vous ? Mais les laissés pour compte, les célibataires, les esseulés en tous genres. Parce qu'il y en a et même un paquet. Voici peu, ceux qui me lisent savent que ma patiente la plus âgée est décédée seule à l'aube de ses soixante-dix ans. Comme elle habitait non loin de mon cabinet, je l'avais croisée le jeudi soir. On avait papoté en fumant une cigarette ensemble. Puis, le dimanche, c'est son fils qui m'apprenait qu'elle avait été victime d'un AVC et qu'elle était restée sans doute quarante-huit heures allongée par terre avant qu''il ne la retrouve le dimanche en fin de journée.

Du temps où elle me consultait, je me souviens que la dernière séance de juillet était pour elle un déchirement. Comme c'était mas dernière patiente, mon rendez-vous de vingt-et-et-une heure, que je faisais à son domicile compte tenu de ses difficultés à marcher, je la faisais durer, n'étant pas très à cheval sur les horaires. Puis je partais, le cabinet bouclé en me disant que je reverrai tout cela au début du mois de septembre. 

Pour moi, c'était la promesse de virées en cabriolet sur quelque départementale de notre beau pays. Pour elle, c'était un gouffre qui s'ouvrait : la promesse de quatre semaines d'absolue solitude, même pas rythmées par nos séances hebdomadaires ni par les quelques clopes que nous fumions quand je la croisais.

Elle partageait d'ailleurs cette angoisse avec moi, angoisse contre laquelle je ne pouvais rien du tout. Elle avait mené sa vie de telle manière qu'elle se retrouvait totalement seule. D'ailleurs, je ne suis pas sur qu'elle fut responsable de tout cela. Sa vie, sa solitude, c'était le lot quotidien de beaucoup de personnes, même dans une grande ville comme Paris. Pour tempérer un peu sa souffrance, j'avais mis au point un stratagème en lui octroyant la visite d'une personne de l'association des Petits frères des pauvres. Comble de l'ironie, elle dont le patrimoine immobilier devait se chiffrer en centaines de milliers d'euros, voire en millions compte-tenu des prix délirants de l'immobilier parisien, en était réduite à recevoir quelqu'un mandaté par les Petits frères des pauvres pour ne pas rester un mois sans parler à quiconque. Bah oui, c'est bien d'avoir de l'argent mais cela ne fait pas toujours le bonheur.

La solitude, on en parle sporadiquement dans les journaux, puis on l'oublie. C'est pourtant un fléau qui touche de plus en plus de personnes, hommes ou femmes, riches ou pauvres, vieux ou jeunes. A titre d'exemple, on cite toujours le cas de Joyce Vincent, cette jeune londonienne de retrouvée trois ans après son décès dans son appartement, la télé toujours allumée. Sur le Net, ces histoires sont légion. Plus près de nous, des gens de prime abord, épanouies, souffrent du même mot.


Cette année c'était par exemple le cas d'une de mes patientes, brillante cadre-sup, mais restée célibataire pour qui le mois d'août s'annonçait comme une épreuve difficilement supportable. Je me souviens de notre dernière séance du mois de juillet durant laquelle, elle habituellement si calme, s'était montrée très agressive comme si elle m'en voulait de l'abandonner. Alors que je lui parlais de partir en vacances, elle m'avait répondu sèchement que rien n'était fait pour les célibataires et qu'elle ne se voyait pas errer comme une âme en peine. 

C'était tout à fait le genre de cas insoluble, impossible à traiter, ces situations dramatiques dont on connait les causes mais qu'on ne peut pas traiter. Je me suis un peu retrouvé dans la peau d'un oncologue face à un cas de cancer phase IV sans même avoir la possibilité de vanter une énième chimiothérapie révolutionnaire. La seule chose que j'aie pu dire, c'est qu'en restant chez elle, rien ne bougerait tandis que si elle partait en vacances, elle augmentait la probabilité de faire une rencontre.

Autre cas, celui d'une trentenaire, ingénieur de formation, pour qui le mois d’août rimerait avec solitude. Venue de province, elle se rassurait avec humour en se disant qu'après tout Paris au mois d'août  restait une destination prisée par des millions de touristes étrangers. Quand j'avais émis le fait qu'elle puisse aller quelques temps voir ses parents en province, elle m'avait répondu qu'elle n'irait que le temps d'un weekend pour ne pas endurer leurs reproches muets ou pire leur commisération silencieuse.

Pour les célibataires, voeufs(ves), provinciaux esseulés, Paris n'est pas toujours un paradis. Bien sur, mon propos n'est pas de faire pleurer dans les chaumières mais chaque année je constate que le mois d'aout est pour certains un long tunnel dont ils ne sortiront que début septembre. Sortir est toujours possible mais rencontrer ne l'est pas forcément. L'âge, le sexe ou l'argent sont des limites. Paris n'est pas la ville rêvée que l'on imagine quand on est seul. Créer un réseau de socialisation n'est pas aisé surtout si l'on n'est pas originaire de la région. Sitôt passé l'âge de trainer dans les bars, il existe certes de multiples activités que l'on peut faire mais où la possibilité d'une rencontre reste illusoire. Peu importe, il faut tenter.

Et comme je l'avais déjà dit lors d'un précédent article sur la solitude, face à ces cas, je ne peux pas grand chose. C'est pour cela que lorsque la fin du mois de juillet arrive, je ne ferme jamais la porte du cabinet sans une petite pensée pour ces laissés pour compte.

Que voulez vous, je suis un bon garçon empathique !